Full Closure

Auteur : FFrules  Envoyer un mail
Date de publication : 27-11-05
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Le soleil n’allait pas tarder à se coucher derrière les hauts arbres de la forêt. Une lumière orangée réchauffait l’atmosphère ainsi que le petit monde de Corey qui ne comprenait que sa maison en bois et les arbres aux alentours. Cette vie faite de solitudes, il l’avait voulue et l’avait obtenue à force de persévérance. La race humaine le dégoûtait par ses excès, son manque de respect envers la nature et sa vanité.
Depuis cinq ans qu’il était installé ici, il n’avait vu personne et ne savait pas ce qu’il se passait en dehors de son petit monde. Il avait tout quitté, famille, amis, travail pour venir ici, construire sa cabane et y vivre en toute tranquillité. Il avait perdu en confort ce qu’il avait gagné en fierté. Il se sentait d’égal à égal avec la nature, ne prenant que ce dont il avait besoin, ni plus ni moins.
Il se dépêcha de finir les réparations sur son toit avant que l’obscurité ne devienne totale. Il avait plu hier et l’eau s’était infiltrée dans sa cabane. Il ne devrait pas pleuvoir cette nuit normalement, le ciel étant parfaitement clair. Il s’attarda un instant sur le soleil couchant.
- Bonne nuit et à demain, murmura-t-il dans un sourire.
Il était tellement content de vivre ici, au Paradis. Son Paradis. Pas de télévision et d’émissions abrutissantes, pas de téléphones portables et de sonneries stridentes, juste lui et des choses vraies, simples. Il adorait le bourdonnement constant de la nature. Il y avait toujours quelque chose à entendre, à découvrir, à voir.
Au menu, ce soir, il y avait du lapin. Corey l’avait chassé lui-même cet après-midi avec l’arc qu’il s’était construit. Il était devenu un vrai homme des bois, avec toute la panoplie que cela impliquait. Seule concession à la modernité, des allumettes, qu’il avait achetées par centaines de boîtes le jour où il avait quitté la civilisation. Le feu était la seule chose qu’il ne parvenait toujours pas à recréer et ce n’était pas faute d’essayer.
La nuit était claire, illuminée par la pleine lune. De son lit, il regardait dehors les arbres prendre une couleur surnaturelle, changés par la poussière d’étoiles qui les recouvrait. Un instant magique, un instant qu’il n’aurait jamais pu vivre en ville à cause de la pollution lumineuse. Il entendait ce soir, comme tous les soirs, les bruits des insectes nocturnes et les trouvait si apaisants qu’il s’endormait généralement en quelques minutes. Une autre journée l’attendrait demain avec un challenge de taille : refaire la barrière du potager pour éviter que des animaux sauvages ne viennent y manger les délicieux fruits et légumes qu’il y faisait pousser.
Curieusement, ce fut l’absence de bruit qui le réveilla en sursaut en pleine nuit. La lune avait bougé dans le ciel, modifiant les ombres des arbres portées sur le sol. Corey se leva et s’approcha doucement de la fenêtre. C’était comme si quelqu’un avait coupé le son de son petit monde. Tout était étrangement silencieux. Il enfila un pantalon à la hâte et prit son arc. Un sentiment de détresse extrême s’empara de lui. Il se sentait complètement seul dans cette immense forêt muette et cela lui faisait peur. Où étaient passés les insectes, les chouettes qui d’ordinaire peuplaient la nuit ?
Il sortit dehors. La première chose qu’il remarqua est qu’il faisait plutôt chaud pour une nuit d’automne. Il ne portait qu’un tee-shirt mais il ne frissonnait pas. Une vive lumière venue du ciel apparut alors tout autour de lui. Impossible de voir de quel engin elle provenait.
Corey se précipita à l’intérieur de sa cabane. C’était sûrement la lumière d’un hélicoptère mais que venait-il faire par ici ? Il n’y avait rien d’autre à part lui et sa petite cabane. Mais depuis quand les hélicoptères étaient-ils silencieux ? On n’entendait toujours aucun bruit mais le rai de lumière était toujours là, à la place où Corey se tenait quelques instants plus tôt.
Les yeux braqués sur la lumière, tous les sens en alerte, il sursauta dès que se firent entendre les « sons ». Des cliquetis derrière lui. Au-dessus de lui. Devant lui. Partout. Comme si des araignées métalliques frappaient en même temps un sol dur de leurs pattes. Corey regretta à cet instant de n’avoir ni téléphone, ni fusil. Pour la première fois en cinq ans, il avait besoin de la civilisation mais aucun moyen de la contacter.
Les « sons » continuaient à résonner dans sa tête, toujours plus vite, toujours plus vite, sans ne jamais vouloir s’arrêter. Ils devinrent un grondement sourd au bout de quelques minutes puis le silence revint brusquement. Une voix aux résonances métalliques se fit alors entendre dans sa tête :
- Viens. Retourne dans la lumière, disait-elle.
Corey hésita avant de répondre. Il ne savait toujours pas à qui il avait affaire.
- Nous ne te dirons pas d’où nous venons, dit la voix comme si elle avait lu dans ses pensées. Sache seulement que nous ne sommes pas humains. Viens. Retourne dans la lumière.
- Pourquoi moi ? Que me voulez-vous ? demanda Corey.
- Tu es le dernier. Il ne reste personne d’autre.
- Quoi ? Qu’est-ce que vous voulez dire ? Comment cela « personne d’autre » ?
- Nous nous sommes déjà occupé d’eux. De tous les humains, animaux, insectes et autres parasites. C’est ton tour maintenant, dit la voix.
Malgré le fait que cela semblait de la pure folie, cela expliquait pourquoi il n’entendait plus aucun son provenant de la forêt.
- Jamais ! cria le dernier homme sur Terre.
- Comme tu voudras.
Il y eut à ce moment un grand crissement, vrillant les tympans de Corey. Il se retrouva à genoux, du sang coulant de ses oreilles. Puis tout redevint silencieux. Corey se releva douloureusement. Ses tympans percés, il n’entendait quasiment plus rien. C’était peut-être la raison de la disparition du crissement.
En quelques mouvements rapides, il vérifia que toutes les issues étaient fermées, même s’il se doutait que des êtres d’une telle intelligence viendraient facilement à bout d’une cabane en bois et d’un pauvre arc. Il lui restait l’espoir, pensa-t-il avant d’en rire. Le moment était plutôt mal choisi pour débiter ces conneries.
Cela faisait maintenant plusieurs heures que les « sons » avaient disparu mais la lumière était toujours là, dehors. Cette attente commençait à lui peser. Que devait-il faire ? Il ne semblait y avoir aucune échappatoire. Si les aliens disaient vrai, il était tout seul et ne pouvait compter que sur lui-même. Ironiquement, c’était le défi qu’il avait voulu relever en s’installant ici. Etre seul, indépendant, autonome, ne pouvoir compter que sur soi-même. Cela avait été son rêve mais plus maintenant.
Il rêvait désormais d’armées d’humains bottant le cul de ces aliens à grands coups de bazooka et de bombes atomiques, de soldats armés jusqu’aux dents, de chars et d’avions de chasse. Mais au fond de lui, il savait que cela n’arriverait jamais. Avec un soupir, il se leva et sortit de la maison en courant.
Il fila aussi vite que possible à travers les arbres, évitant les pièges que la nature, autrefois amie maintenant hostile, lui mettait en travers de son chemin. C’était son échappée belle, son chant d’adieu à cette Terre qu’il avait aimée et avec qui il avait passé les cinq plus belles années de sa vie.
Un intense éclair blanc illumina la nuit et la forêt puis tout fut fini. Le dernier Homme avait disparu et avec lui plusieurs illustres civilisations, de fabuleuses découvertes et inventions. Le vaisseau prit de l’altitude et quitta l’orbite de la Terre à la recherche d’autres planètes à vider. Ils allaient être en retard sur leur planning.