Si tel est le destin

Auteur : FFRules  Envoyer un mail
Date de publication : 04-12-05
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Croyez-vous en la chance ? Aux coïncidences ? A l’amour ? Moi non plus, mais c’était avant que je la rencontre. Bien sûr, elle n’a pas changé ma vie. Pas encore du moins. L’histoire de notre rencontre serait banale et vouée à l’échec si le destin ne s’en était pas mêlé. Je me targue d’avoir beaucoup de chance, mais j’étais encore loin du compte.
Qu’est-ce que la chance au fond ? Un gros coup de pot une fois dans une vie ? Non, enfin pas uniquement. Dans mon cas, ce sont plutôt des situations qui s’arrangent à mon avantage. Tout le temps. Sans arrêt. Devrais-je m’en réjouir ? Sans aucun doute. Mais des questions refont surface à chacune de ces interventions divines. Ai-je le contrôle de ma vie ? Ou bien suis-je le jouet de forces supérieures qui ont décidé de mon destin ? Impossible de le déterminer. Mais laissez-moi d’abord vous raconter notre rencontre.

Elle s’appelait Juliette, nom ô combien évocateur du romantisme et du drame. Le lieu de notre rencontre ? Une station de sports d’hiver tout ce qu’il y a de plus commun. Un village à 1500 mètres d’altitude, trois massifs, une trentaine de pistes, des milliers de vacanciers et parmi eux, elle. Je n’étais qu’un skieur comme les autres, elle n’était qu’une snowboardeuse comme les autres. Je ne rentrerai pas dans les débats incessants entre snowboarders et skieurs et leurs conflits mais je tiens à les remercier pour tout ce qu’ils ont fait dans notre rencontre.
Notre histoire commence sur un télésiège typique, deux places, tellement rapide qu’il pourrait te décaper la peau des fesses, le tout dans des paysages somptueux. Je m’assoies tranquille, pensant être seul alors que la fille derrière moi s’avance et prend la place à côté de moi. Pourquoi pas. Durant la montée, je jette de petits regards en coin à la mystérieuse demoiselle. Des cheveux roux, des lunettes de soleil jaunes, une combinaison claire. Plutôt chouette. Commence alors un silence pesant, seulement rompu par les cris des skieurs en contrebas avant que ne vienne la délivrance. Jeté à toute allure sur la piste, un snowboarder fonce sans se soucier du danger qui le guette. Un quart, deux quarts, tentative de freinage et il se plante lamentablement dans la neige. Plus de peur que de mal pour lui mais entre moi et elle, naissent éclats de rire, premier échange et enfin présentation.
- Juliette, du Puy-de-Dôme, me dit-elle après que nous ayons plaisanté quelques minutes sur les pseudo-snowboarders.
- Bonjour Juliette du Puy-De-Dôme, répondai-je.
Elle rit, je suis soulagé. L’humour a beau être l’un de mes points forts, on n’est jamais à l’abri d’un plantage complet.
S’en suivent alors quelques minutes de conversation classique, âge, goûts, plaisanteries et ripostes avant que ne vienne le temps de la séparation. Déjà le télésiège arrive en haut du sommet et déjà nous devons nous dire au revoir. Une dernière plaisanterie, un dernier échange et la voilà repartie sur les pistes en snowboardeuse fatale qu’elle est.

C’est ici que l’histoire prend une tournure inattendue. Comme n’importe qui de sensé, je pense que quand nous nous séparons, c’est l’unique et dernière fois que je la voie. Mais c’était sans compter sur ma chance. Oui, je l’appelle « ma » chance. C’est devenue une personne qui m’accompagne, m’aide dans les moments difficiles, qui me met le pieds à l’étrier quand je n’en ai pas le courage et qui me guide. Comme dans ce qui se passe dans la suite de notre histoire.

Les chances de se retrouver à nouveau ensemble sur une piste de ski à la même heure sont virtuellement nulles. Mais ce n’est apparemment pas assez difficile pour ma chance qui s’est arrangée pour nous faire retrouver à nouveau ensemble le jour d’après, sur le même télésiège. Je mentirais si je disais que je n’avais pas descendu cette piste dans le seul but de la revoir. Mais de là à se retrouver encore ensemble !
Notre conversation reprend là où elle s’était arrêtée et nous en apprenons un peu plus l’un sur l’autre. Je découvre une jeune femme passionnée et engagée, intelligente et belle à côté de laquelle je tente de me valoriser sans grand succès. Nous abordons même le sujet de nos chanceuses retrouvailles sur ce télésiège et décidons d’un commun accord de laisser la suite de notre relation entre les mains de la chance, ou du destin, peu importe.

Sur le moment, cela semble une bonne idée, d’autant plus que je sais que ma chance viendra à mon secours. Je me dis qu’elle a mis Juliette sur mon chemin deux fois pour une raison bien spécifique même si je ne la connais toujours pas.

Notre troisième et dernière rencontre aura lieu sur une piste de ski. Je dis «notre dernière rencontre » car il n’y en a pour l’instant eu aucune autre. Je pense d’ailleurs avoir poussé ma chance bien trop loin dans cette histoire. Nous ne nous sommes échangés ni numéro de téléphone, ni e-mail et je l’ai laissée repartir dans sa région à des centaines de kilomètres de la mienne.
Mais je sais que nous nous retrouverons un jour ou l’autre. Comment l’expliquer ? Je n’en sais rien. Si tel est notre destin, il en sera ainsi.